Alex-Mot-à-Mots

https://alexmotamots.fr/

Alex L., lectrice compulsive, presque anonyme.
Ayant une préférence pour les bons polars, mais aimant aussi les autres genres (sauf la SF, pitié....)

Conseillé par
11 décembre 2022

Juifs

C’est suite à une émission de France Culture sur André SCHWARZ-BART que j’ai découvert ce roman daté des années 50-60.

L’écriture est un peu datée, mais pas trop non plus, sinon j’aurais abandonné.

J’ai aimé le début un peu rapide sur l’origine des Lévy, Juste de Zémyock, Pologne. Jusqu’à la naissance d’Ernie après la Première Guerre Mondiale.

J’ai aimé les touches d’humour du récit : « Le fascisme, c’est la taverne dans les rues et au gouvernement. » – « Il est admirable que dans le temps où ils enseignaient le meurtre aux écoliers aryens, les instituteurs enseignaient aux enfants juifs le suicide. » – A propos du navire Saint Louis : « Après un beau voyage, tout ce petit monde revint à Hambourg achever ses jours au pays natal. Ainsi jamais embargo ne fut si admirablement observé. »

J’ai trouvé étrange le leitmotiv de la pointe, avant de comprendre que cette pointe représentait, entre autre, la pointe de l’étoile de David.

J’avais lu des critiques disant que certaines scènes étaient insoutenables. Ce ne fut pas mon cas : certes, l’auteur ne décrit pas un monde féérique, mais même si certaines scènes sont violentes, je n’ai rien trouvé d’illisible.

J’ai aimé les dernières pages avec les lettres qui s’envolent.

L’image que je retiendrai :

celle de la présence immatérielle de Justes parmi nous.

https://alexmotamots.fr/le-dernier-des-justes-andre-schwarz-bart/

18,50
Conseillé par
11 décembre 2022

exclusion

Elle en a du courage, Louise, qui a quitté la chambre d’hôtel dans laquelle elle vivotait avec son amoureux, prenant sa fille sous le bras. Elle se retrouve elle-même dans une chambre d’un autre hôtel jusqu’à ce que le gérant lui fasse des avances. Après avoir supplié la nouvelle assistante sociale, cette dernière lui trouve une place dans un centre d’hébergement. Mais Louise ne se satisfait pas de cette situation provisoire.

L’auteure nous raconte, par le prisme de son personnage Louise, sa propre descente aux enfers dans ce centre d’hébergement rue de Crimée.

J’ai aimé ses adresses à Mbambe, sa grand-mère restée au pays.

J’ai aimé son regard sur les femmes de Crimée, comme elle les appelle, des passagères pour un temps en sécurité.

J’ai aimé sa détermination à s’en sortir, à poursuivre des études malgré son bébé Bliss qui a tout juste un an.

L’auteure m’a fait vivre quelques heures avec ces femmes que " l'on ne voit pas, qui vivent au jour le jour de l’aide sociale, et dont très peu ont un avenir."

Quelques citations :

"Up from the past rooted in pain I rise (…) / Leaving behind nights of terror and fear I rise". Maya ANGELOU

"Et tu ne peux me dire pourquoi il arrive que les mères et les filles ne sachent pas communiquer?" (p.111)

"Parler le français, ce n’est pas parler français. L’assimilation n’a pas fonctionné. C’est la culture d’origine qui s’exprime en français, s’impose en français." (p.128)

"Pas de péridurale pour accoucher de soi. Les contractions dureront des années. Elle l’accepte." (p.181)

"Prudence, astre mort de n’avoir jamais été contemplé." (p.191)

L’image que je retiendrai :

celle du centre dans lequel ne pénètrent que les femmes logées et dont toutes les fenêtres sont munies de barreaux.

https://alexmotamots.fr/stardust-leonora-miano/

19,00
Conseillé par
11 décembre 2022

Débarquement, vie moderne

Ca commence fort : on ne sait pas où l’on est. Et puis la lumière se fait et l’on suit un GI prêt à débarquer. Chef de son unité, il s’assure que tout ne va pas trop mal, et doute de son barreur.

Puis, après le tumulte et le chaos du débarquement, nous suivons Magali dans le tumulte et le chaos de sa vie sans son mari qui a disparu un beau matin : deux jeunes enfants à préparer, la maîtresse qui demande un rendez-vous, le travail.

Son travail est de faire visiter les plages du débarquement, et ce jour-là, elle doit prendre en charge un vétéran. Mais tout ne se déroule pas comme il devrait.

J’ai eu de la peine pour Magali qui perd pied depuis la disparition de son mari : pourquoi n’est-il pas revenu ? Est-elle coupable?

Magali qui perd sa voix ce jour-là, devant faire face à trop d’imprévus.

J’ai aimé le vétéran taiseux qui se laisse conduire mais qui a fort caractère.

J’ai eu de la peine pour le fils aîné de Magali qui ne sait pas comment gérer la disparition de son père et prend tout en charge à la maison, mais se défoule à l’école.

J’ai découvert le mot valleuse, que je ne connaissais pas.

Une lecture qui m’a mise en apnée lors de cette journée particulière.

Une citation :

"Mais il est venu retrouver sur la grève l’émotion qu’il n’a pas eu le temps de vivre, voilà pourquoi il a traversé l’océan." (p.183)

L’image que je retiendrai :

celle du vent qui souffle sur la côte et qui ajoute au tumulte intérieur des personnages.

https://alexmotamots.fr/debarquer-hugo-boris/

Conseillé par
11 décembre 2022

sociologie

J'ai longtemps tourné autour de ce livre d'Annie Ernaux, n'étant pas une fan de la grande distribution.
Et puis, son Prix Nobel aidant, je me suis lancée.
J'ai aimé son approche sociologique de l'hyper-marché dans lequel elle se rend presque 2 fois par semaine.
J'ai noté pleins de passages.

Quelques citations :

"Est-ce que vous avez la carte de fidélité ?" je répondais tout aussi rituellement "Je ne suis fidèle à personne", ce qui est très exagéré." (p.25)

"Perversion des caisses automatiques, l'irritation que suscite une caissière jugée lente se déplace sur le client." (p.44)

"Le temps d'attente à la caisse : exposant, comme nulle part autant, notre façon de vivre et notre compte en banque." (p.61)

"A l'école, ils ont mangé chinois". Est-ce l'école ou l'hyper qui éduque ? Peut-être les deux." (p63)

"Est-ce que venir dans le centre n'est pas une façon d'être admis au spectacle de la fête, de baigner réellement dans les lumières et l'abondance. De valoir autant que les choses. On peut, dans cet endroit, se sentir désorienté, mal à l'aise, mais jamais dégradé." (p.67)

"Nous sommes une communauté de désirs, non d'action." (p.84)

L'image que je retiendrai :
celle des parallèles faits parfois avec des fabriques détruites en Asie, entraînant la mort de milliers de travailleuses, et dans lesquelles sont retrouvées des étiquettes de marques de la grande distribution.

Albin Michel

21,90
Conseillé par
8 décembre 2022

Etats-Unis, vie moderne

Elle m’a touché, Kiara, qui tente de s’en sortir dans West Oakland : elle habite d’abord avec son frère aîné, puis seule, après que celui-ci se soit fait arrêté, et enfin avec Trevor le petit garçon du dessus.

Son père est mort et sa mère est en réinsertion quelque part. Son frère Marcus ne rêve que de percer dans le rap et ne sait pas garder un travail. Alors c’est à elle, Kiara, de se débrouiller pour payer le loyer et les courses.

Kiara se prend d’amitié pour Trevor, le garçon de 9 ans du dessus dont la mère droguée ne s’occupe pas, délaissant de plus en plus l’appartement. Et c’est Kiara qui se charge de payer les deux loyers.

J’ai été en colère contre Marcus qui ne sait visiblement rien faire, même pas rapper correctement d’après Kiara, incapable de tenir un emploi plus de quelques jours. Un jeune homme plein de colère qui refuse de voir la réalité.

J’ai aimé Trevor qui, lui, se rend un peu compte de la situation et qui parie sur des matchs de basket pour gagner quelques dollars.

J’ai aimé que le ciel de la ville face lui aussi partie du décor, ni tout à fait bleu, ni tout à fait gris.

J’ai aimé les leitmotivs du récit : l’empreinte du pouce de Kiara tatoué sous l’oreille de Marcus ; les ongles tellement rongés de Kiara qu’elle est obligée de cacher ses mains ; le terrain de basket comme unique repère pour Trevor ; la piscine de l’immeuble pleine de caca de chiens.

J’ai eu de la peine pour Camila à la couleur de cheveux changeante, qui aide parfois Kiara mais sans en faire trop, juste assez pour que Kiara ne devienne pas victime de son travail.

Un récit qui m’a parfois mis mal à l’aise car Kiara se voit comme une accusée alors qu’elle est une victime.

Un récit poignant sur les conditions de vie de certains enfants dans le pays le plus riche du monde.

Quelques citations :

"(…) le masque de ma mère finit par s’écailler et elle est là entre mes genoux à me demander de la réparer alors que c’est moi qui suis venue ici pour me faire aider." (p.133)

"Voilà ce que ça fait de se fier uniquement à la plante de ses pieds et au bruissement de ses hanches pendant si longtemps : impossible de lâcher quoi que ce soit, de laisser se rompre la digue. (p.315)

"Le silence ça donne faim, ma puce.? Et il faut que tu manges." (p.354)

L’image que je retiendrai :

Kiara ne connaît pas les noms des policiers qui la violent et la menacent, mais seulement leur numéro de plaque.

https://alexmotamots.fr/arpenter-la-nuit-leila-mottley/